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Recherche
Le Centre de Recherche sur l’Interculturalité et la
Circulation des Savoirs est constitué d’une équipe
de chercheurs qui vise à mieux comprendre le statut et le fonctionnement
des savoirs dans les sociétés d’aujourd’hui.
Ces savoirs, qu’ils soient traditionnels ou scientifiques et
techniques, d’artisans ou d’artistes, sont imprégnés
d’enjeux culturels et identitaires qui affectent leur circulation
et leur histoire. Leur dimension implicite les stabilise localement
tout en les associant étroitement à la constitution
et au maintien du lien social. Leur explicitation est souvent source
de malentendus et de controverses. Médiatisés aussi
bien par la parole que par des écritures ou des images, ils
sont en quête perpétuelle de légitimité.
Soumis à des processus de hiérarchisation, ils s’affrontent
et se mettent à l’épreuve les uns des autres.
Leurs dimensions techniques les rendent diversement accessibles. Leur
circulation à travers les réseaux numériques
les ouvre à des remaniements constants qui émoussent
leur pertinence ou, au contraire, l’aiguisent au contact de
situations nouvelles. Ils mobilisent des intelligences collectives,
des stratégies de conquête, des enjeux de pouvoir, des
mouvements de masse. C’est en circulant qu’ils émergent,
se diversifient, se transforment. Leur reproduction stéréotypée
les rend plus fragiles et sans force. Ils sont à l’origine
de toutes les formes de la vie dans ce qu’elle a de spécifiquement
humain.
Les recherches du Centre de recherche sur l’Interculturalité
et la circulation des savoirs (crICS) sont orientées vers une
analyse critique de la production, la légitimation et la circulation
médiatique des savoirs, quelle que soit leur origine culturelle
ou professionnelle. Ces recherches porteront donc la circulation des
savoirs scientifiques et techniques, des savoirs « artisans »,
des savoirs traditionnels.
Cette thématique correspond à l’une des quatre
grandes thématiques déclarées prioritaires par
le Ministère de la Recherche en 2004, dans le cadre du budget
: il s’agit de la thématique portant sur la diffusion du
savoir avec le développement d’institutions adéquates
parmi lesquelles il faut citer aussi bien les musées scientifiques
et techniques que les CCSTI (Centres de Culture Scientifique, Technique
et Industrielle).
Production, légitimation et circulation des savoirs scientifiques
et techniques définissent aujourd’hui un champ problématique
en pleine mutation. Alors que le XIXe siècle et la plus grande
partie du XXe peuvent être considérés comme la grande
période d’une vulgarisation des sciences visant à
combler le fossé entre une élite savante et la grande
masse des profanes à travers une communication allant dans un
seul sens — des communautés savantes vers le vaste public
des profanes —, depuis une vingtaine d’années, ce
modèle communicationnel a révélé ses limites.
Certains auteurs (Jurdant, 1973, Roqueplo, 1974) ont même pu interpréter
cette vulgarisation comme contribuant au renforcement du fossé
entre les scientifiques et les profanes, mettant ceux-ci dans une situation
de dépendance cognitive et culturelle de plus en plus grande
vis-à-vis des experts et des spécialistes.
Aujourd’hui, il est de plus en plus généralement
admis que les sciences doivent s’ouvrir à la discussion
et au débat démocratique. Bien qu’encore souvent
considérées comme étant à l’écart
de la Culture au nom d’un mode de fonctionnement hors-contexte
— la « science confinée » telle que la décrivent
Callon, Lascoumes et Barthe (2002) — les sciences ne peuvent plus
rester à l’abri du regard public non seulement en raison
des financements dont elles bénéficient de la part de
l’Etat mais surtout en raison des « crises communicationnelles
» qu’elles sont susceptibles de provoquer au détour
des « affaires » qui ont défrayé la chronique
pendant les années 80 : la vache folle, le clonage humain, l’usage
thérapeutique des cellules-souches, le sang contaminé,
les obus à uranium appauvri, la question des vaccinations contre
l’hépatite B, les OGM (organismes génétiquement
modifiés), l’effet de serre et les dérèglements
climatiques, etc. Tous ces « événements »
font intervenir une multiplicité d’enjeux et de perspectives
qui, devant l’urgence des décisions qu’ils exigent,
aboutissent à des situations très intriquées de
désordre communicationnel.
Chacune de ces situations nécessite une attention particulière
qui relève aussi bien du champ de l’information scientifique
et technique qui structure une circulation/légitimation des savoirs
interne aux communautés scientifiques (notamment à travers
la création de dispositifs en réseaux) que du champ défini
par la circulation médiatique des savoirs avec toutes les reformulations,
traductions, réductions et simplifications que cela peut impliquer
dans différents médias (presse écrite, radio, télévision)
et du champ de la culture scientifique au sens d’une présence
des sciences dans la culture et la société.
Ces trois champs définissent les axes qui orienteront
les recherches des membres du laboratoire crICS.
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Le premier axe vise à
étudier de manière approfondie les rapports
entre les nouvelles technologies numériques et les transformations
du travail intellectuel. Quelles incidences les nouvelles
formes de l’édition scientifique et technique ont-elles
sur l’organisation et le fonctionnement des communautés
de savoir ? Quelles sont les évolutions à prévoir
en matière de fonctionnement intellectuel des communautés
scientifiques ?
Les manières d’écrire, lire, mémoriser,
les manières d’éditer, dupliquer, faire circuler,
les manières de valider légitimer, citer, associer,
enseigner sont sous le coup de nombreuses transformations et évolutions.
La différenciation des modes de production et de circulation
des savoirs, le déplacement des frontières disciplinaires
et le caractère souvent de plus en plus hybride des champs
de recherche, ont fait surgir un certain nombre d’interrogations
et de problèmes concernant les dispositifs socio-cognitifs
à l’œuvre, dans un grand nombre de domaines et
plus particulièrement ceux de la recherche et de l’enseignement.
Le processus de numérisation en cours, les nouvelles technologies
qui vont avec semblent promettre une plus grande prise en compte
des dimensions processuelles et collectives du travail intellectuel.
Les enjeux noués autour des mémoires hypertextuelles
en réseaux et des systèmes d’écriture-lecture
qui leurs sont associés, ainsi que des nouvelles technologies
intellectuelles sont considérables. Cet axe a donc pour objectif
de proposer l’étude des nouvelles pratiques collectives
distribuées fondées entre autres sur des modes de
représentations évoluées des acteurs qui sont
au cœur de la production des savoirs. Cet axe est animé
par Jean-Max Noyer. Il s’appuie pour ce qui est de l’édition
numérique sur l’équipe de l’archive ouverte
« archivesic » (http://archivesic.ccsd.cnrs.fr)
ainsi que sur l’équipe de la revue Solaris (http://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/jelec/Solaris/index.html)
et l’Adest (http://www.upmf-grenoble.fr/adest/).
Ce travail de recherche sera mené en collaboration avec d’autres
équipes françaises et étrangères dans
le cadre d’un séminaire
qui sera animé principalement par Jean-Max Noyer.
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Le deuxième axe correspond
au champ défini par l’analyse critique de la
circulation médiatique des savoirs en centrant l’analyse
sur la matérialité des médiations qui président
à cette circulation des connaissances avec toutes les contraintes
qui s’y rattachent et qui peuvent avoir une incidence sur
les représentations qui en découlent dans les différentes
catégories de publics affectés par cette consommation
médiatique. Les analyses porteront aussi bien sur la presse
écrite (quotidienne et/ou périodique) que sur la circulation
des connaissances à la radio et à la télévision
à travers le magazine scientifique et le documentaire. Il
serait également souhaitable de renforcer le potentiel de
recherche du crICS autour de ce thème en intégrant
des chercheurs spécialisés dans l’analyse des
musées scientifiques et des usages qu’ils engendrent
à travers toute une panoplie de dispositifs extrêmement
divers et souvent liés au développement des nouvelles
technologies d’information, documentation et communication
actuellement disponibles.
Ce deuxième champ de recherches se structurera autour d’un
séminaire mensuel organisé par Baudouin Jurdant dans
le cadre du crICS et qui visera à rassembler et coordonner
un grand nombre de recherches actuellement menées en relatif
isolement dans toute la France. (trouver le lien vers séminaire)Ce
volet de la recherche du crICS sera forcément transdisciplinaire
dans la mesure où plusieurs disciplines sont effectivement
engagées dans ce type d’analyse (sociologie, anthropologie,
sémiotique, psychologie, sciences cognitives). Il réunira,
sous la responsabilité scientifique de Baudouin Jurdant,
les chercheurs intéressés par ce type d’analyse
au sein du crICS, à savoir : Françoise Berdot, Anne-Marie
Bernon-Gerth, Carmen Compte et Richard Millet.
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Le troisième axe enfin
correspond au champ défini par l’étude en profondeur
des effets culturels et idéologiques produits par
une présence de plus en plus grande de la science dans la
société moderne. Ce troisième volet
des recherches du crICS se spécifie par le recul à
la fois historique et théorique qu’il mettra en œuvre
pour mieux comprendre la portée de cette dimension techno-scientifique
de nos sociétés. C’est dans un tel cadre que
se situera notamment le projet de Thierry Lefebvre, sur les débuts
de la radiesthésie en France : dans le courant des années
1920, les anciens sourciers et « baguettisants » sont
devenus, du jour au lendemain, des radiesthésistes. Ce néologisme,
imaginé par l’abbé Alexis Pouly dans la foulée
des recherches contemporaines sur la radioactivité et la
TSF, témoignait du désir de scientificité d’une
pratique jusqu’alors plutôt décriée par
les milieux savants. Ce projet vise à retracer l’histoire
des tous débuts de la radiesthésie en France à
travers un intérêt plus particulier pour les acteurs
de cette tentative de légitimation : praticiens de la baguette,
membres du clergé, médecins et pharmaciens, académiciens,
artistes et journalistes, hommes politiques de la IIIe République,
etc. L’étude portera également sur les discours
tenus et tentera de déceler les différents réseaux
d’influence. L’anéantissement apparent des archives
pionnières de la radiesthésie rendra cette étude
malaisée mais par conséquent très motivante.
C’est dans le cadre de ce troisième axe qu’il
faut situer l’approche théorique développée
par Baudouin Jurdant sur les rapports entre la science et l’écriture
ainsi que sur les modalités de structuration des savoirs
scientifiques et techniques dans le cadre des institutions d’enseignement
et de recherche en France et en Europe (rapports entre sciences
de la nature et sciences de l’homme). Un séminaire
d’épistémologie critique et comparée
co-organisé depuis quatre ans par Baudouin Jurdant, Andrée
Tabouret-Keller (professeur émérite de l’ULP,
Strasbourg), Gabrielle Varro (Directeur de recherches au CNRS),
Frédéric François (Professeur à Paris
V) et Patrick Sériot (Professeur à Lausanne) à
la Maison des Sciences de l’Homme de Paris porte depuis deux
ans sur le thème « L’homme des sciences de l’homme
» et devrait déboucher dans un ou deux ans sur la publication
d’un ouvrage collectif sur ce thème.
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