Recherche

Le Centre de Recherche sur l’Interculturalité et la Circulation des Savoirs est constitué d’une équipe de chercheurs qui vise à mieux comprendre le statut et le fonctionnement des savoirs dans les sociétés d’aujourd’hui. Ces savoirs, qu’ils soient traditionnels ou scientifiques et techniques, d’artisans ou d’artistes, sont imprégnés d’enjeux culturels et identitaires qui affectent leur circulation et leur histoire. Leur dimension implicite les stabilise localement tout en les associant étroitement à la constitution et au maintien du lien social. Leur explicitation est souvent source de malentendus et de controverses. Médiatisés aussi bien par la parole que par des écritures ou des images, ils sont en quête perpétuelle de légitimité. Soumis à des processus de hiérarchisation, ils s’affrontent et se mettent à l’épreuve les uns des autres. Leurs dimensions techniques les rendent diversement accessibles. Leur circulation à travers les réseaux numériques les ouvre à des remaniements constants qui émoussent leur pertinence ou, au contraire, l’aiguisent au contact de situations nouvelles. Ils mobilisent des intelligences collectives, des stratégies de conquête, des enjeux de pouvoir, des mouvements de masse. C’est en circulant qu’ils émergent, se diversifient, se transforment. Leur reproduction stéréotypée les rend plus fragiles et sans force. Ils sont à l’origine de toutes les formes de la vie dans ce qu’elle a de spécifiquement humain.


Cadre scientifique : les trois axes de recherche du crICS

1. Nouvelles technologies numériques et transformations du travail intellectuel

2. Analyse critique de la circulation médiatique des savoirs

3. Effets culturels et idéologiques de la science dans la société moderne

Les recherches du Centre de recherche sur l’Interculturalité et la circulation des savoirs (crICS) sont orientées vers une analyse critique de la production, la légitimation et la circulation médiatique des savoirs, quelle que soit leur origine culturelle ou professionnelle. Ces recherches porteront donc la circulation des savoirs scientifiques et techniques, des savoirs « artisans », des savoirs traditionnels.

Cette thématique correspond à l’une des quatre grandes thématiques déclarées prioritaires par le Ministère de la Recherche en 2004, dans le cadre du budget : il s’agit de la thématique portant sur la diffusion du savoir avec le développement d’institutions adéquates parmi lesquelles il faut citer aussi bien les musées scientifiques et techniques que les CCSTI (Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle).

Production, légitimation et circulation des savoirs scientifiques et techniques définissent aujourd’hui un champ problématique en pleine mutation. Alors que le XIXe siècle et la plus grande partie du XXe peuvent être considérés comme la grande période d’une vulgarisation des sciences visant à combler le fossé entre une élite savante et la grande masse des profanes à travers une communication allant dans un seul sens — des communautés savantes vers le vaste public des profanes —, depuis une vingtaine d’années, ce modèle communicationnel a révélé ses limites. Certains auteurs (Jurdant, 1973, Roqueplo, 1974) ont même pu interpréter cette vulgarisation comme contribuant au renforcement du fossé entre les scientifiques et les profanes, mettant ceux-ci dans une situation de dépendance cognitive et culturelle de plus en plus grande vis-à-vis des experts et des spécialistes.
Aujourd’hui, il est de plus en plus généralement admis que les sciences doivent s’ouvrir à la discussion et au débat démocratique. Bien qu’encore souvent considérées comme étant à l’écart de la Culture au nom d’un mode de fonctionnement hors-contexte — la « science confinée » telle que la décrivent Callon, Lascoumes et Barthe (2002) — les sciences ne peuvent plus rester à l’abri du regard public non seulement en raison des financements dont elles bénéficient de la part de l’Etat mais surtout en raison des « crises communicationnelles » qu’elles sont susceptibles de provoquer au détour des « affaires » qui ont défrayé la chronique pendant les années 80 : la vache folle, le clonage humain, l’usage thérapeutique des cellules-souches, le sang contaminé, les obus à uranium appauvri, la question des vaccinations contre l’hépatite B, les OGM (organismes génétiquement modifiés), l’effet de serre et les dérèglements climatiques, etc. Tous ces « événements » font intervenir une multiplicité d’enjeux et de perspectives qui, devant l’urgence des décisions qu’ils exigent, aboutissent à des situations très intriquées de désordre communicationnel.
Chacune de ces situations nécessite une attention particulière qui relève aussi bien du champ de l’information scientifique et technique qui structure une circulation/légitimation des savoirs interne aux communautés scientifiques (notamment à travers la création de dispositifs en réseaux) que du champ défini par la circulation médiatique des savoirs avec toutes les reformulations, traductions, réductions et simplifications que cela peut impliquer dans différents médias (presse écrite, radio, télévision) et du champ de la culture scientifique au sens d’une présence des sciences dans la culture et la société.

Ces trois champs définissent les axes qui orienteront les recherches des membres du laboratoire crICS.

  • Le premier axe vise à étudier de manière approfondie les rapports entre les nouvelles technologies numériques et les transformations du travail intellectuel. Quelles incidences les nouvelles formes de l’édition scientifique et technique ont-elles sur l’organisation et le fonctionnement des communautés de savoir ? Quelles sont les évolutions à prévoir en matière de fonctionnement intellectuel des communautés scientifiques ?
    Les manières d’écrire, lire, mémoriser, les manières d’éditer, dupliquer, faire circuler, les manières de valider légitimer, citer, associer, enseigner sont sous le coup de nombreuses transformations et évolutions. La différenciation des modes de production et de circulation des savoirs, le déplacement des frontières disciplinaires et le caractère souvent de plus en plus hybride des champs de recherche, ont fait surgir un certain nombre d’interrogations et de problèmes concernant les dispositifs socio-cognitifs à l’œuvre, dans un grand nombre de domaines et plus particulièrement ceux de la recherche et de l’enseignement. Le processus de numérisation en cours, les nouvelles technologies qui vont avec semblent promettre une plus grande prise en compte des dimensions processuelles et collectives du travail intellectuel. Les enjeux noués autour des mémoires hypertextuelles en réseaux et des systèmes d’écriture-lecture qui leurs sont associés, ainsi que des nouvelles technologies intellectuelles sont considérables. Cet axe a donc pour objectif de proposer l’étude des nouvelles pratiques collectives distribuées fondées entre autres sur des modes de représentations évoluées des acteurs qui sont au cœur de la production des savoirs. Cet axe est animé par Jean-Max Noyer. Il s’appuie pour ce qui est de l’édition numérique sur l’équipe de l’archive ouverte « archivesic » (http://archivesic.ccsd.cnrs.fr) ainsi que sur l’équipe de la revue Solaris (http://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/jelec/Solaris/index.html) et l’Adest (http://www.upmf-grenoble.fr/adest/).
    Ce travail de recherche sera mené en collaboration avec d’autres équipes françaises et étrangères dans le cadre d’un séminaire qui sera animé principalement par Jean-Max Noyer.

  • Le deuxième axe correspond au champ défini par l’analyse critique de la circulation médiatique des savoirs en centrant l’analyse sur la matérialité des médiations qui président à cette circulation des connaissances avec toutes les contraintes qui s’y rattachent et qui peuvent avoir une incidence sur les représentations qui en découlent dans les différentes catégories de publics affectés par cette consommation médiatique. Les analyses porteront aussi bien sur la presse écrite (quotidienne et/ou périodique) que sur la circulation des connaissances à la radio et à la télévision à travers le magazine scientifique et le documentaire. Il serait également souhaitable de renforcer le potentiel de recherche du crICS autour de ce thème en intégrant des chercheurs spécialisés dans l’analyse des musées scientifiques et des usages qu’ils engendrent à travers toute une panoplie de dispositifs extrêmement divers et souvent liés au développement des nouvelles technologies d’information, documentation et communication actuellement disponibles.
    Ce deuxième champ de recherches se structurera autour d’un séminaire mensuel organisé par Baudouin Jurdant dans le cadre du crICS et qui visera à rassembler et coordonner un grand nombre de recherches actuellement menées en relatif isolement dans toute la France. (trouver le lien vers séminaire)Ce volet de la recherche du crICS sera forcément transdisciplinaire dans la mesure où plusieurs disciplines sont effectivement engagées dans ce type d’analyse (sociologie, anthropologie, sémiotique, psychologie, sciences cognitives). Il réunira, sous la responsabilité scientifique de Baudouin Jurdant, les chercheurs intéressés par ce type d’analyse au sein du crICS, à savoir : Françoise Berdot, Anne-Marie Bernon-Gerth, Carmen Compte et Richard Millet.

  • Le troisième axe enfin correspond au champ défini par l’étude en profondeur des effets culturels et idéologiques produits par une présence de plus en plus grande de la science dans la société moderne. Ce troisième volet des recherches du crICS se spécifie par le recul à la fois historique et théorique qu’il mettra en œuvre pour mieux comprendre la portée de cette dimension techno-scientifique de nos sociétés. C’est dans un tel cadre que se situera notamment le projet de Thierry Lefebvre, sur les débuts de la radiesthésie en France : dans le courant des années 1920, les anciens sourciers et « baguettisants » sont devenus, du jour au lendemain, des radiesthésistes. Ce néologisme, imaginé par l’abbé Alexis Pouly dans la foulée des recherches contemporaines sur la radioactivité et la TSF, témoignait du désir de scientificité d’une pratique jusqu’alors plutôt décriée par les milieux savants. Ce projet vise à retracer l’histoire des tous débuts de la radiesthésie en France à travers un intérêt plus particulier pour les acteurs de cette tentative de légitimation : praticiens de la baguette, membres du clergé, médecins et pharmaciens, académiciens, artistes et journalistes, hommes politiques de la IIIe République, etc. L’étude portera également sur les discours tenus et tentera de déceler les différents réseaux d’influence. L’anéantissement apparent des archives pionnières de la radiesthésie rendra cette étude malaisée mais par conséquent très motivante.
    C’est dans le cadre de ce troisième axe qu’il faut situer l’approche théorique développée par Baudouin Jurdant sur les rapports entre la science et l’écriture ainsi que sur les modalités de structuration des savoirs scientifiques et techniques dans le cadre des institutions d’enseignement et de recherche en France et en Europe (rapports entre sciences de la nature et sciences de l’homme). Un séminaire d’épistémologie critique et comparée co-organisé depuis quatre ans par Baudouin Jurdant, Andrée Tabouret-Keller (professeur émérite de l’ULP, Strasbourg), Gabrielle Varro (Directeur de recherches au CNRS), Frédéric François (Professeur à Paris V) et Patrick Sériot (Professeur à Lausanne) à la Maison des Sciences de l’Homme de Paris porte depuis deux ans sur le thème « L’homme des sciences de l’homme » et devrait déboucher dans un ou deux ans sur la publication d’un ouvrage collectif sur ce thème.



     

 
Mise à jour : 18.04.2005